Crise systèmique : Pour qu’une branche de l’altermondialisme déploie le drapeau du socialisme. C Delarue

mercredi 22 juillet 2009
par  Amitié entre les peuples
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CRISE SYSTEMIQUE : POUR QU’UNE BRANCHE DE L’ALTERMONDIALISME DEPLOIE LE DRAPEAU DU SOCIALISME

Alternative internationale : The international Attac network | Another world is possible !

par Christian DELARUE (*)

Avec les dégâts de la crise du capitalisme nous devons parler aisément du socialisme. Comment parler du socialisme dans ATTAC ? Peux-t-on parler du socialisme dans ATTAC ? Est-ce si inconvenant ? Est-ce si difficile ? Non ! C’est un vecteur important de la mobilisation et des convergences. C’est donc nécessaire. Montrons le ciel que nous voulons : un éco-socialisme en arc en-ciel, l’arc-enciel des couleurs de l’émancipation humaine !

Par socialisme il est entendu ici socialisme de transition en lien avec les luttes et non un des modèles sophistiqués concoctés par des économistes critiques. Il s’agit d’un proto-socialisme, d’un néo-socialisme décrit à grands traits comme perspective de convergence des luttes sociales (du peuple-classe, des femmes, des discriminés) et des luttes écologiques notemment autour du climat. C’est donc aussi un éco-socialisme.

Ma première position est qu’il est plus facile à ATTAC de parler du socialisme que chez les Verts ou au PS et même au sein du PG car si nous avons des obligations pédagogiques ou scientifiques nous ne pratiquons aucun clientélisme. Nous sommes « pluriel » et certains d’entre nous pensent aux alliances à construire avec les élites keynésiennes à l’ONU (commission Stiglitz par exemple) ou ailleurs. C’est de droit et fort respectable mais cela ne saurait impliquer un minimalisme à l’heure ou la crise jette à la rue des millions de travailleurs en Europe pour ne rien dire du monde. Quant aux organisations politiques qui évoquent le socialisme depuis longtemps elles ne sont pas forcément écoutées car on suppose, souvent à raison, qu’il faille d’abord ingurgiter ou adopter des thèses internationalistes complexes qui ne sont plus guère étudiées.

Ma seconde thèse est que parler du socialisme n’est pas chose ringarde mais d’une actualité brûlante. Si l’on dégage suffisamment de certains présupposés issu du stalinisme évoquer le socialisme devient chose passionnante. Nul besoin d’être docteur en science politique. Cela ne présuppose pas plus de connaitre les grands classiques post-marxiste, ni Lénine ni Proudhon. Peut-être faut-il éventuellement savoir que la République socialiste c’est autre chose que la République sociale qui elle conserve un cœur capitaliste dans une société qui dans une périphérie plus ou moins large a institué du social et du coopératif . Par contre ce qui semble plus important c’est de montrer d’abord que l’ordre existant est incapable de répondre aux enjeux écologiques (cf Daniel TANURO dans Contretemps n 2) et aux besoins d’une large fraction de la population et qu’il est en très deçà de ce qui est possible. Des millions de salariés souffrent du chômage et des bas-salaires sur le continent. On ne saurait se cacher cela. Il faut répondre à la crise sociale autant qu’à la crise climatique et énergétique.

Défendre le socialisme peut se faire par plusieurs entrées, le travail, l’écosystème, l’espace laissé au marché, etc... Et contenir des niveaux variables de technicités.

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Ici l’actualité porte sur deux services publics attaqués en France : l’Université et l’Hôpital publlic. Mais le propos se veut continental, voir mondial. De la résistance (I) découle en contre-tendance l’alternative (II). N’oublions pas d’évoquer l’alternative !

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I - La bunkérisation du service public, un concept de résistance à l’impérialisme des libéraux.

Avec la crise systémique qui s’approfondit, les libéraux ne cèdent en rien face à la contestation, bien au contraire. Nous ne paieront pas votre crise ! disent les grévistes et manifestants. Si si disent les dirigeants politiques libéraux qui soutiennent l’offensive des sociétés transnationales comme des PME.

L’apparition d’un terme bunkérisation signifie résistance à l’agression. Le terme a été employé récemment par les libéraux à propos de l’hôpital et de l’université. Valérie Pécresse déclare vouloir « mettre des sciences humaines partout et ne pas les « bunkeriser » ». Et le syndicat des médecins libéraux à propos de l’hôpital dit lui que « Toute réflexion sur les urgences hospitalières doit intégrer la coordination avec les médecins libéraux, la régulation et le nécessaire partage entre ce qui relève de la ville et ce qui relève de l’hôpital. Toute autre attitude reviendrait à « bunkeriser » l’hôpital, ce qui serait un défi au bon sens et à l’efficience ».

Le bunker est une fortification pour se protéger des attaques. Le terme bunkérisation plus que celui de bunker présuppose une dynamique conflictuelle. Comme tous les termes terminant en « on » il indique un processus et non un état ou une photographie. Ces processus ne s’exercent pas en apesanteur sans cible ni acteur en face. Comme les privatisationS, la marchandisation, la financiarisation, ces dynamiques ont une histoire, elles sont sociales et politiques. Elles sont portées par la couche sociale possédante qui en bénéficie au détriment du peuple-classe, travailleurs indépendants exceptés. Elles se déploient avec force depuis les années Reagan Thatcher et plus intensément encore depuis la création de l’OMC le 1er janvier 1995.

En 2009, les termes du conflit contre les récentes réformes Pécresse et Bachelot mais aussi contre toutes les autres réformes libérales sont connus : les libéraux défendent l’extension de la logique marchande ou tout se vend et tout s’achète et c’est mécaniquement la logique de service public qui est en résistance, sous bunker comme ils disent. Les libéraux défendent aussi les privatisations et ce sont les usagers des biens publics qui résistent à cette appropriation privée, à cette dépossession. Les privatisateurs s’approprient un bien public qui fonctionne bien et qui est rentable . Seul ce qui est susceptible de se vendre et de dégager du profit interesse les bénéficiaires des privatisations . Le non rentable est laissé à la collectivité qui elle même l’abandonne. La logique libéral ne s’interesse qu’à la satisfaction des besoins solvables et rentables.

II - De nouveau la perspective socialiste est pertinente. Défendons hardiment l’éco-socialisme.

En contre tendance à ces logiques, le socialisme et la logique de planification et de service public pour proposer une alternative.. Le socialisme propose un alter-développement qui se veut politique et non pas économique. « Bunkériser un champ politique » c’est permettre de protéger un champ d’intervention démocratique et même de l’étendre face à l’impérialisme de l’économie marchande qui, elle, ignore le citoyen pour promouvoir le seul consommateur solvable achetant des produits standardisés qu’il n’a pas choisi de produire.. Le socialisme démocratique propose un alter-développement qui se veut une réponse aux besoins sociaux de tous et toutes et non la satisfactions des intérêts immédiats d’une minorité celle notamment qui dirige les entreprises capitalistes. En conséquence, le socialisme démocratique est seul en capacité de déconcentrer les villes et de valoriser les campagnes et les quartiers délaissés ce que le capitalisme est incapable de faire.. Seul le socialisme démocratique peut enclencher des nationalisations offensives qui dépossèdent la minorité qui s’était accaparée les biens publics : eaux, gaz, électricité, logements, santé, école, transports... pour satisfaire gratuitement ou selon la péréquation tarifaire le peuple-classe dans le respect de l’environnement.. L’écologie n’est pas avec l’éco-socialisme sous la seule responsabilité des consommateurs, les producteurs restant libres de produire des biens nuisibles et à obsolescence rapide. Seul le socialisme démocratique s’adresse à des usagers qui sont aussi des citoyens mais pas des clients. La péréquation tarifaire fonctionne à l’opposé du système des prix du marché et de la nécessaire solvabilité.

Seule la démocratie socialiste, parce qu’elle se déploie dans tous les champs sociaux de la vie humaine, est en capacité de renverser la domination de la valeur d’échange pour renforcer la valeur d’usage. Ce faisant c’est la survie des générations futures et la sauvegarde de l’écosystème qui devient possible. Seul le socialisme peut être « vert ». Le « capitalisme vert » présuppose le renforcement des inégalités puisqu’il doit passer par la logique de solvabilité marchande, de rentabilité organisationnelle et de profitabilité capitalistique . Sous le socialisme le chômage est en voie de résorption et le travailleur est respecté sans considération exagérée de performance. Le capitalisme porte en lui la division « dure » entre les « sans emploi » d’un côté et des travailleurs sous tension de l’autre côté. Le socialisme démocratique assure la réduction drastique du temps de travail pour que tous et toutes puissent participer à la production sociale de l’existence. C’est un devoir de chacun d’y amener sa contribution. Rien à voir avec la logique capitaliste ou certains en font trop et d’autres rien. Le socialisme démocratique qui a changé radicalement le système fiscal évite de faciliter la cupidité des grands possédants mais s’emploie à assurer un vie confortable aux autres (cf boucler social à 3000 euros).

Le socialisme est fait pour l’écologie et le peuple-classe. Il faut le dire et le répéter de mille manières pour clarifier le message suivant les couches sociales cibles. Il faudrait donc aussi dire que le socialisme ne s’accommode pas du racisme, du sexisme et qu’il fait la promotion de la laïcité. Il ne le fait pas par morale mais parce que c’est contraire à sa logique de libération, d’émancipation et du vivre ensemble en paix et dans l’égalité. Quand on lutte contre une domination dite économico-sociale on lutte aussi contre les autres formes. L’expérience montre que le passage d’une lutte de libération à une autre n’est pas aussi évident qu’il y parait. Ces points ne seront pas ici développés.

* Membre du CA d’ATTAC France


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