PEUPLE : Retour sur une distinction majeure : Peuple « ethnos » et peuple « demos ». C Delarue

mardi 22 décembre 2009
par  Amitié entre les peuples
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PEUPLE :

Retour sur une distinction majeure : Peuple « ethnos » et peuple « demos ».

De quoi parle-t-on lorsque l’on parle de peuple ? L’usage en est varié. Une certaine perception le rattache au petit peuple, aux couches populaires. Mais c’est déjà un choix de signification qui cache la complexité d’une signification riche . On le distingue ordinairement en France de la Nation pour lui donner une épaisseur plus concrète. Mais pour aller plus loin une vielle distinction adoptée par la science politique est mise en avant : l’ethnos se distingue du demos.

I - Le peuple ETHNOS

Il est celui qui partage une culture commune issue de l’histoire. Il a des variantes une éthnique, l’autre religieuse. Mais l’histoire avec ses évènements, ses bouleversements - guerres, migrations, révolutions, etc . - a introduit de la conflictualité dans la culture commune. Du moins en France. Autrement dit ce qui est partagé ne l’est pas nécessairement en toute harmonie.

En France il est assez aisé de repérer, même pour un étranger, quelques conflits « identitaires » majeurs . Ainsi pourra-t-on voir un conflit entre la volonté forte d’unité et d’indivisibilité de la Nation et la survivance de quelques cultures « régionales » encore fortes. L’autre exemple à noter est celui de la survivance d’une subculture chrétienne face à une forte culture laïque. La France est un pays marqué tout à la fois - et contradictoirement - 1) par l’esprit de la Révolution de 1789 qui a donné lieu à la perspective d’une révolution non terminée et à tous les courants de transformation de la société (anarchistes, socialistes, communistes,etc.) et 2) par le maintien d’un fil historique pré-révolutionnaire que l’on retrouve dans l’appel à la terre de Méline ou dans le Travail, Famille, Patrie de Pétain ou dans le gout récurrent pour l’aventure coloniale et postcoloniale (discours de Dakar du Président Sarkozy) ou guerrière (Afghanistan) .

* Ethnos d’émancipation ?

Le peuple « ethnos » n’est pas uniquement celui ancré sur les structures autoritaires faisant tout à la fois appel à un conducator et à la religion sous ses formes les plus réactionnaires. Mais avec la crise, la « montée de l’identité » peut prendre la forme réactionnaire déjà présente tant dans les espaces régionaux (extrême-droite en Bretagne) que dans les replis communautaires religieux ou pour la communauté nationale dans les tentatives de la droite sarkozienne d’instrumentaliser par en-haut l’identité nationale comme d’autres instrumentalisent les pratiques religieuses archaïques aux fins de critique de l’intégration républicaine. L’ethnos peut se marier à une logique émancipatrice, sociale et citoyenne comme le « demos », en revendiquant une France pluriculturelle voire plurinationale pour les cultures ou les peuples dominés - Bretons, Corses, Kanaks, Martiniquais, .... Une perspective sociale et même socialiste peut se couler dans une République faisant sienne le « carré républicain » Liberté, Egalité, Fraternité, Laïcité mais en aménageant le volet « une et indivisible » et en réalisant la formule démocratique quasiment utopique du « gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple ». Hypothèse d’école pour l’heure...

* Ethnos des dominés : victimes ethniques ou sociales et de genre ?

Il faudrait ici distinguer un ethnos dominant d’un ethnos dominé. Mais c’est là une problématique qui ne se règle pas en quelques lignes. Pour faire court, disons qu’un ethnos dominé mais actif subjectivement et sur un mode démocratique et social (« de gauche ») tiendrait une légitimité à l’autodétermination de la dite communauté. Renvoyons ici au débat sur les minorités nationales.

A propos de la burqa, il semble avéré que la constitution de la commission dite Gérin suffisait amplement pour s’interroger sur ce phénomène religieux mineur - soumission passive ou affirmation identitaire religieuse ? - et que le lancement d’un « grand débat » sur l’identité nationale avec le voile intégral pour toile de fond est démesuré et dangereux ; dangereux pour deux raisons : il vient d’en-haut (instrumentalisation forte) et il porte une forte logique d’exclusion. Si des mesures particulières sont à prendre, nul besoin de mobiliser la Marseillaise, la cocarde et encore moins « la terre » façon Méline.

II - Le peuple DEMOS

Il est celui qui a relativement lâché ses pesanteurs archaïques du passé au profit d’une double orientations : le démos social et le démos démocratique. Risquons une version sujective et militante en distinguant le demos des urnes (citoyen) et le démos de la rue (social) !

* Le démos SOCIAL n’est pas que « la rue » c’est à dire la mobilisation et la lutte de ceux-d’en-bas hors des procédures formelles de la démocratie représentative ou participative . Le demos social c’est aussi l’état des droits et des garanties protégeant les prolétaires, ceux qui épuisent leur salaire dans le mois ou qui n’épargnent que des sommes modestes en fin de mois (moins de 3000 euros par mois en Europe de l’Ouest). Le demos social existe enfin au titre de représentation du monde servant à l’action . A ce titre il pose une division verticale du peuple toute différente de la division horizontale et territoriale des ethnos et des communautarismes pour qui l’autre est « à côté »( l’autre département que le 93) ou « dehors » (l’autre communauté). Il se pense soit en terme de couches sociales (vision stratificationniste) soit en terme de lutte de classes sociales antagonistes. Ainsi, la subdivision du peuple entre un peuple-classe et une bourgeoisie nationale relève d’une appréhension du peuple comme démos versus social.

En France la dynamique populaire s’est manifesté sur les deux derniers siècles en terme de conquêtes sociales et démocratiques, en terme de libération, d’égalité, de fraternité et de laicité, le tout constitutif du « carré républicain ». Il a donné lieu peu à peu et dans le conflit à une compréhension particulière de la République comme chose commune (« res communis »), comme comme gestion publique du bien public . Un compréhension qui a gagné du terrain face à la propriété privée du Code civil de 1804 mais qui bute aujourd’hui à la reprivatisation du monde par le néolibéralisme.

* Le démos DEMOCRATIQUE est celui qui met l’accent sur la volonté de participer au débat et de décider.

Le démos démocratique se comprend dans un cadre national mais aussi dans un cadre post-national (perspective européenne) bien que les réflexions sur ce cadre soient plus complexes. Lire ici Des appartenances aux identités : vers une citoyenneté politique européenne de Margarita Sanchez-Mazas et Raphaêl Gély. Voir aussi la table ronde Citoyenneté et institution européennes de Mouvements 2007 (texte payant sur internet)

Le demos démocratique donne lieu à deux autres variantes, l’une citoyenne avec élection de représentants du peuple, l’autre autogestionnaire ou le peuple s’approprie les outils et la gestion des affaires soit dans l’entreprise, soit dans la société. Le demos democratique est en France le fait historique des forces sociales des différentes composantes de la gauches. C’est contre la vision restrictive des libéraux que la démocratisation s’est effectuée. Ce processus est aujourd’hui bloqué par le néolibéralisme.

Christian Delarue

Extrait de "Quand le peuple « demos » supplante difficilement le peuple « ethnos ».


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