Religion et droits de l’homme : le débat fait rage

vendredi 15 août 2008
par  Amitié entre les peuples
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Religion et droits de l’homme : le débat fait rage

Par Frédéric Burnand | Swissinfo | 05/03/2008 |

Alors que le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies se réunit depuis lundi, et pour 4 semaines, à Genève, un manifeste signé par une série de personnalités tire à boulets rouges sur l’institution. Craignant que la diffamation des religions soit reconnue comme une forme de racisme, les signataires s’en prennent à Doudou Diène, l’expert onusien en charge du racisme.

Souvenez-vous. En 2001 dans la ville sud-africaine de Durban, la conférence de l’ONU contre le racisme donna lieu à des manifestations prônant la destruction d’Israël et à une déclaration de la société civile considérée comme antisémite. La conférence évita in extremis le naufrage par l’adoption à l’unanimité d’une déclaration finale et d’un plan d’action dont le contenu suscita le soulagement du gouvernement israélien qui s’était pourtant retiré des négociations, tout comme les Etats-Unis.

Aujourd’hui, les esprits s’enflamment à nouveau avec la conférence de suivi de Durban prévue l’année prochaine et confiée au Conseil des droits de l’homme.

Des personnalités indignées

Dernier épisode de cet affrontement de plus en plus aigu : la publication dans la presse d’une tribune intitulée « L’ONU contre les droits de l’homme » et signée par une série de personnalités comme Elie Wiesel, Georges Charpak, Alain Finkielkraut ou Claude Lanzmann. Un manifeste lancé par la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA)

Le texte dénonce avec vigueur le Conseil des droits de l’homme (CDH) :

« Par sa mécanique interne, les coalitions et les alliances qui s’y constituent, les discours qui s’y tiennent, les textes qui s’y négocient et la terminologie utilisée anéantissent la liberté d’expression, légitiment l’oppression des femmes et stigmatisent systématiquement les démocraties occidentales. Le CDH est devenu une machine de guerre idéologique à l’encontre de ses principes fondateurs ».

Les signataires s’en prennent aussi à Louise Arbour, Haut-commissaire aux droits de l’homme et tout particulièrement à Doudou Diène, rapporteur spécial de l’ONU sur les formes contemporaines de racisme en lui reprochant une série de propos.

Voile et laïcité

Le manifeste assure que :

« Doudou Diène déclare d’ores et déjà qu’énoncer une critique contre le port de la Burqa [vêtement qui couvre l’entier du corps] constitue une agression raciste et que la loi française contre le port des signes religieux à l’école participe du racisme antimusulman, renommé islamophobie occidentale ».

Réponse de l’intéressé joint en Inde vendredi :

« Cette information est tout simplement fausse. Dans mes rapports, j’ai écrit que la loi française interdisant le voile dans les écoles publiques était une mesure discriminatoire qui remet en question le droit garanti par les instruments internationaux des expressions de la liberté religieuse ».

Selon les signataires, Doudou Diène aurait également affirmé que « la laïcité est ancrée dans une culture esclavagiste et colonialiste ».

« Je n’ai jamais dit une telle chose, s’indigne l’expert indépendant. Comme rapporteur spécial. »j’ai constaté que dans certains pays, la laïcité était pratiquée de manière absolue et contraire aux instruments internationaux et que certains groupes utilisent la laïcité pour s’opposer à l’expression de la liberté religieuse. Dans tous mes rapports, je préconise la recherche d’un équilibre entre liberté religieuse et liberté d’expression. J’ai toujours reconnu que la laïcité (séparation de l’Eglise et de l’Etat et neutralité de l’Etat par rapport aux religions) constitue un progrès très important".

La critique des religions

De manière plus générale, les signataires craignent la teneur des textes qui seront adoptés lors du forum Durban 2.

« Si le blasphème devait être assimilé à du racisme, si le droit à la critique de la religion devait être mis hors la loi, si la loi religieuse devait s’inscrire dans les normes internationales, ce serait une régression aux conséquences désastreuses, et une perversion radicale de toute notre tradition de lutte contre le racisme, qui n’a pu et ne peut se développer que dans la liberté de conscience la plus absolue ».

Une crainte relativisée par Doudou Diène :

« Nous avons été très attentifs à ne pas toucher au blasphème en lui-même. Ce que je dis, y compris dans le rapport que je vais présenter lors de cette session : la liberté d’expression doit être garantie comme fondement de la démocratie. Mais elle ne doit pas mener à l’incitation à la haine religieuse et raciale. Un énoncé qui figure très clairement dans le pacte international sur les droits civils et politiques, l’un des deux piliers de la charte internationale des droits de l’homme ».

Une conférence en péril

Reste que les négociations préparatoires à la conférence de suivi de Durban sont de plus en plus tendues. En cause : l’inclusion de la diffamation des religions comme nouvelle forme de racisme. Minoritaires au sein du CDH, les pays occidentaux s’y opposent, alors que les pays africains et islamiques demandent cette inclusion. Résultat : le Canada s’est retiré, tout comme Israël. Et la France menace de le faire.

Des retraits qui inquiètent Doudou Diène :

« Devant la montée de toutes les formes de racisme dans le monde, que ce soit l’antisémitisme, le racisme contre les Noirs ou les nouvelles formes de discrimination raciale qui font suite au 11 septembre, il est absolument nécessaire de tenir une nouvelle conférence sur le racisme pour montrer que la communauté internationale se mobilise contre ce péril. En cas d’échec, les forces qui instrumentalisent le racisme auront le sentiment d’avoir la liberté d’agir ».
Comme de coutume aux Nations unies, la conférence internationale sur le racisme qui s’est tenue à Durban en 2001 est suivie par une réunion chargée de tirer le bilan des déclarations et actions annoncées. Cette nouvelle conférence doit se tenir en 2009. Le Conseil des droits de l’homme est chargé de préparer cette réunion au travers d’un groupe de travail piloté par la Libye.
Ces travaux donnent lieu à un bras de fer entre les pays occidentaux et les pays africains et islamiques, ces derniers étant majoritaires au Conseil des droits de l’homme. Les pays occidentaux dont la Suisse veulent s’en tenir à un bilan des textes et mesures adoptés en 2001. Les pays africains et islamiques veulent inclure de nouveaux thèmes comme le profilage au nom de la lutte antiterroriste, l’incitation à la haine raciale et religieuse ou la diffamation des religions.
La Suisse et les autres pays occidentaux considèrent que ces thèmes sont soit déjà couverts par les textes existants ou ne relèvent pas des droits de l’homme, comme la diffamation des religions.

http://www.rue89.com/2008/03/05/religion-et-droits-de-l-homme-le-debat-fait-rage


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